LA PSYCHANALYSE EN INSTITUTION

Angers le 15 octobre 2021

Cette nouvelle année que nous inaugurons ce jour porte le titre : La psychanalyse en institution. Cette orientation a trouvé sa source lors de la journée Uforca-national du 5 juin 2021, journée pour laquelle Jacques-Alain Miller avait retenu comme titre : La psychanalyse indispensable en institution.

Je précise, pour les nouveaux participants à notre Antenne clinique, que cette journée nationale annuelle est exceptionnelle par sa grande qualité clinique et je vous encourage à participer à la prochaine le 18 juin 2022. Chaque année, c’est à partir de six cas cliniques que l’enseignement y est transmis. Pour la journée 2022, le thème retenu par Jacques-Alain Miller est : Trans.

À ce propos, lisez dans le dernier numéro de la Cause du désir (n° 108), la Conversation d’actualité de J.-A. Miller avec l’École espagnole du Champ freudien, conversation qui s’est tenue en mai dernier sur la question trans et woke et sur d’autres sujets d’actualité dont, et ce n’est pas le moindre, celui de la formation des analystes à propos de laquelle je vous propose un extrait : « Me référant à ce que je percevais du style de Lacan, j’ai toujours souligné qu’il n’y avait pas un parcours de formation pour les jeunes.  Il s’agit plutôt de créer un milieu d’immersion. On y entre puis on essaie de nager comme on peut entre les cartels, les séminaires…, on trace son propre chemin. Sans première, puis deuxième, puis troisième année, avec examen à la clé – l’immersion »[1].

La psychanalyse en institution : une articulation à inventer

Le choix de ce thème est tout particulièrement d’actualité puisque – et nous avons pu le constater en écoutant les participants ces dernières années – la pratique en institution devient de plus en plus difficile pour ceux qui s’orientent de la psychanalyse. Actuellement, la clinique n’est que rarement pensée en rapport avec l’institution et nous sommes bien loin des mouvements de psychothérapie institutionnelle des années 70. Le maître-mot actuel est plutôt l’inclusion généralisée (exemple de l’autisme avec un « Tous à l’école »), inclusion que l’on peut considérer comme une conséquence de la « dépathologisation généralisée »[2] dont parle J-A Miller. Cette inclusion est portée par un idéal : intégrer, inclure la différence sans l’effacer. Les politiques actuelles créent de nouvelles formes qui s’inscrivent dans une logique de dés-institutionnalisation. Or, l’inclusion généralisée porte en elle-même son impossible et, dans cette actualité, il s’agit plutôt de re-dessiner ce que peuvent être des rencontres avec des sujets accueillis en institution.

Actuellement, les critères de recrutement, les modes de management, les projets thérapeutiques sont marqués par une politique libérale, dominée par les effets conjoints de la science et du capitalisme. L’être humain est réduit à un cerveau, tout s’explique par l’activité neuronale. Dans ce contexte, les symptômes deviennent des dysfonctionnements à rééduquer et les pratiques managériales visent la rentabilité et une pseudo-efficacité à court terme. Le discours du Maître, l’Autre de la loi et de l’éducation tient le haut du pavé, il sait ce qu’il faut faire.

Avec la psychanalyse en institution, nous faisons une autre hypothèse : le réel hors-sens, qui est une composante du symptôme, ce réel intraitable par l’Autre de la loi et de l’éducation, ainsi que les symptômes les plus invalidants dans le lien social peuvent être accueillis en institution, et de manière efficace.

Pour cela, nous nous orientons du dernier enseignement de Lacan qui postule que le sujet a à se débrouiller avec ce qu’il est, non sans un partenaire-analyste pour l’aider à trouver son mode de savoir-y-faire avec son symptôme.  Il y a une pragmatique du symptôme qui vise un savoir-y-faire plutôt qu’une éradication toujours catastrophique pour le sujet.

Ce savoir-y-faire résonne aussi avec les modalités variées, infinies de la structure. La variété des symptômes ne se laisse pas encadrer par l’ordre tranchant de la structure, par la partition soumise au Nom-du-Père en tant que ligne de partage : névrose, s’il y a Nom-Du-Père, psychose s’il n’y en a pas, s’il est forclos. Le tout dernier enseignement de Lacan nous invite à plus de nuances, à considérer les modes de nouages et de dé-nouages et à se repérer sur le plus singulier en chacun, ce que Lacan a nommé, en prenant la main de Joyce, le sinthome.

Nous avons donc à prendre le parti du sujet et trouver comment ce parti pris peut coexister avec ce que veut, ce que permet, ce qu’interdit l’institution puisque entre le praticien et le sujet accueilli, il y a l’institution qui, elle, est régie par la trame bien serrée du discours du maître. Comment trouer cette trame pour donner à respirer, tant aux sujets accueillis qu’aux professionnels qui sont autant d’exceptions, de sans-pareil. Il s’agit de décompléter, de faire des trous, d’aménager, d’inventer. (Cf. Institution ◊féminité,  Quarto n° 122)

L’indispensable de la psychanalyse en institution rime donc avec son efficace. Il y a une efficacité de la psychanalyse en institution. Pourvu qu’on y invente des solutions sur mesure contre un savoir préétabli, qu’on y travaille à partir des solutions des sujets contre les protocoles et les échelles d’évaluation quantitatives et réductrices et qu’on s’y oriente en se laissant guider par le sujet lui-même qui, si l’on y prête attention, nous indique, par ses points de butée et ses trouvailles, ce qui peut lui permettre de ne pas se maintenir dans un hors-lien social. Car, citons Lacan pour finir, « en fin de compte, il n’y a que ça, le lien social »[3].




[1] Miller J.-A., « Conversation d’actualité avec l’École espagnole du Champ freudien », La Cause du désir, n°108, Juillet 2021, p. 41.

[2]Ibid, p. 37.

[3] Lacan J., le Séminaire, livre xx, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 51.

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Livret-2020-22

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