Les ateliers d’études de textes

Choisit-on son sexe ?

Cette interrogation actuelle qui porte non plus sur le sexe mais sur le genre, auquel on appartient et qu’on pourrait choisir, se fait plus insistante : la question de l’hystérique – suis-je homme ou femme ? – prend une tonalité nouvelle introduisant une variation sur le nuancier : « … femme couleur d’homme, ou homme couleur de femme. [1] »

En 1949, Simone de Beauvoir, dans son essai philosophique Le deuxième sexe, soutient qu’on ne naît pas femme, on le devient, contrairement à Napoléon qui pensait que « l’anatomie c’est le destin ». Est-ce à dire qu’elle souligne par cette formule que les dites femmes ou les dits hommes ne seraient qu’un effet de discours, c’est à dire de lien social ?

Il est remarquable que, dès 1905, dans son ouvrage Trois essais sur la théorie sexuelle, Freud pointe la confusion qui règne dans la définition du masculin et du féminin. Il nous met en garde et déclare : « Il est indispensable de se rendre compte que les concepts de « masculin » et de « féminin » dont le contenu parait si peu équivoque à l’opinion commune, font partie des notions les plus confuses du domaine scientifique… [2] »

Des années plus tard, Lacan ne dira pas autre chose : « …l’homme et la femme, nous ne savons pas ce que c’est. [3] » Et de poursuivre, dans sa leçon du 9 avril 1974 du Séminaire  Les non-dupes errent, que « l’être sexué ne s’autorise que de lui-même…et de quelques autres [4] », par analogie avec la formule « le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même[5] »…  « et de quelques autres[6] ».

Cela signifie que le sujet est « seul, sans savoir préétabli sur le sexe, sans programme instinctuel qui lui donnerait la marche à suivre avec l’objet du monde qui lui est destiné [7] ».

Lacan propose la boussole du phallus, phallus qu’il élève à la dignité de signifiant. Il fait du dit phallus un opérateur logique, et  nous invite à raisonner en logique, à partir de la logique aristotélicienne. C’est dans ce contexte qu’il invente le terme de sexuation et conceptualise un répartitoire fondé sur un « outil » : les quanteurs de la sexuation. Lacan cherche alors à s’émanciper du modèle naturaliste qui lie l’organisation psychique au sexe biologique. Ainsi, aborder les choses par la sexuation plutôt que par le sexe, ouvre à la dimension de subjectivation.

Pour l’année 2022-2023, l’Atelier d’Étude de Textes à l’Antenne clinique d’Angers propose d’effectuer ce parcours, depuis les Trois essais de Freud jusqu’au Séminaire xx, Encore de Lacan. Il s’agira de cerner les entours de la question non plus seulement du sexe mais du genre. Le genre fait valoir l’écart entre l’anatomie et le psychique : l’assignation biologique laisse place à l’auto-affirmation.  Et il faut bien le constater, le malaise dans la civilisation s’actualise du malaise dans le genre, aussi « la fluidité des genres s’imposerait-elle comme une nouvelle norme au nom d’une liberté de chacun à choisir son propre sexe ? [8] » Nous chercherons à dépasser cela pour tenter de comprendre ce que « les questions de genre » nous révèlent de l’émergence d’un savoir nouveau sur le sexuel.

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre xxiii, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p. 116.

[2] Freud S., Trois essais sur la théorie sexuelle, Paris, Gallimard, folio essais, p. 161.

[3] Lacan J., Le séminaire, livre xix, …ou pire, Paris, Seuil, 2011, p. 40.

[4] Lacan J., Le séminaire, livre xxii, Les non-dupes errent, leçon du 9 avril 1974, inédit.

[5] Lacan J., « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 243.

[6] Lacan J., Le séminaire, livre xxii, Les non-dupes errent, op. cit.

[7] Leblanc V., Homme, femme, question de genre ?, accessible en ligne sur Uforca, lacan-université.fr, 3 février 2020.

[8] Quatrième de couverture, La sexuation des enfants, sous la direction de H. Damase, D. Roy et L. Sokolowsky, Navarin éditeur, novembre 2021.