Conférence 2 : « La folie du doute (avec délire du toucher) ». S’en passer, s’en servir. par Armelle Guivarch.

                                                                                          

« La folie du doute (avec délire du toucher) »[1]. S’en passer, s’en servir.[2] 

    Armelle GUIVARCH

      Henri Legrand Du Saulle, médecin de l’hospice de Bicêtre et du Dépôt de la Préfecture de police de Paris, (1830-11886) fait paraître en 1875, une monographie : « La folie du doute (avec délire du toucher) ».[1] Elle s’appuie sur plusieurs observations issues de sa pratique et celles d’Esquirol, de Baillarger, de Falret. Il isole cette entité et la nomme.

      La clinique psychiatrique classique propose un regroupement symptomatique, un développement en phases de la maladie, des hypothèses étiologiques, des traitements. Des observations très fines de patients soutiennent la démonstration. Le psychiatre est extérieur au dispositif.

    Plusieurs points :

      Dans le titre, il y a folie et délire : deux termes qui ont trait aux psychoses. Le terme de folie à la fin du XIXème siècle recouvrait à peu près le champ des psychoses. Ces deux termes, nous les trouvons aussi dans le tout dernier enseignement de Lacan « Tout le monde est fou (c’est-à-dire délirant) » [2] Tous nos discours ne sont que défenses contre le réel.

   C’est une entité intéressante car ce tableau clinique est parfois difficile à distinguer de la névrose obsessionnelle.

    La « Folie du doute » est rarement évoquée dans nos sections cliniques.

    Ces cas ne sont pas si rares, à l’hôpital ou en cabinet.

  « S’en passer, s’en servir ». J’ai emprunté une partie de mon titre à celui du congrès de l’AMP en 2006 ». Le Nom-du-Père s’en passer s’en servir ». Ce que Miller a commenté comme se passer d’y croire tout en s’en servant (l’analysant).

   Mon fil, à partir de l’exposé psychiatrique de la monographie est de la subvertit avec les cas cliniques dans une perspective psychanalytique.

  1. La Folie du doute (avec délire du toucher).

         Henri Legrand Du Saulle la classe parmi les folies avec conscience (Esquirol. Voir aussi la critique de Lacan de la définition de la paranoïa par Kraepelin)[3] Il souligne qu’elle est délicate à saisir et se dérobe volontiers. Il la dénomme ainsi à cause de deux signes cliniques prédominants : une interrogation mentale produite par le doute et la crainte du contact de certains objets extérieurs.

     Elle évolue en trois périodes.                                                                                                           

          1. Première période.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

    La première période peut passer complètement inaperçue, le patient garde le silence. Le début remonte souvent à l’âge de la puberté sous forme de scrupules de conscience. Le patient a toute sa raison mais il est susceptible et ombrageux. Il vérifie ce qu’il fait, contrôle ce qu’il dit et apporte à ses actes d’infinies précautions. Une même série de pensées morbides s’impose à son esprit, il est en proie à une lutte intellectuelle stérile. Elle détermine chez le patient des bizarreries étranges et des actes insolites qui disparaitront aux phases suivantes. Des hommes par exemple sont envahis par leurs pensées maladives dès qu’ils se livrent au coït ce qui le leur rend d’ailleurs rapidement impossible. Ces patients ont la conscience la plus aigüe de leur état et avouent que leurs craintes sont absurdes mais n’arrivent pas à se débarrasser de leurs « chimériques perplexités ». Toute lutte est vouée à l’échec.

   Les confidences signalent le début de la deuxième période et rendent l’intervention médicale possible.

       2. Deuxième période.

         Le patient s’adresse à l’autre.  La période est marquée par les révélations inattendues du patient, par l’inauguration d’une série de questions sans fin et la sollicitation de paroles rassurantes aux proches, aux médecins. Une personne de l’entourage dissipe très facilement les perplexités les plus vives, mais momentanément. Les patients, surtout des femmes, avouent leur peur du toucher et se livrent à des lavages des mains un nombre incalculable de fois par jour. De là naissent de nouveaux doutes, de nouvelles interrogations. Les patients se parlent constamment à eux- mêmes, se répétant les mêmes mots ou les mêmes idées afin d’essayer de se convaincre que leurs actes conjuratoires ont été suffisants. Ils demandent à leurs proches de répéter ces mêmes mots, car prononcés par autrui ils semblent avoir plus de poids. Les patients deviennent fatigants, exigeants, égoïstes et ingrats.

     C’est donc lors de cette période que surgit le délire, qui, à son origine première est constitué par une idée bizarre qui s’impose à l’esprit, prend une importance considérable et absorbe à elle seule une grande partie de l’activité psychique du malade. Elle devient le point de départ d’une série   complexe de raisonnements qui ont toujours pour centre l’idée délirante primitive.

     Vers la fin de la deuxième période, les patients s’accrochent à une personne de leur entourage dont ils font leur véritable souffre-douleur, leur rabâchant les mêmes choses, sollicitant les mêmes explications et les mêmes réassurances. Un proche peut ainsi se sacrifier complètement au symptôme d’un patient : un mari à son épouse, une mère à sa fille, un psychiatre à son aliéné !

   Durant la deuxième phase, le doute s’apaise mais il s’est transformé et mis au service des craintes délirantes du tact. La fusion des deux grands signes cliniques est opérée, ce qui justifie selon Legrand Du Saulle, la dénomination de cette entité clinique.

   Des phases suspensives peuvent s’observer durant ces deux premières périodes, jamais lors de la troisième : intermissions ou rémissions, le patient est allégé de ses symptômes.

     Puis la folie du doute subit une nouvelle transformation marquée par la continuité du délire, l’accomplissement d’actes de plus en plus anormaux et surtout l’abolition de toute sociabilité.

          3.Troisième période.        

        L’angoisse et les souffrances deviennent continuelles. Les patients réduisent leurs activités, toujours conscients de leurs symptômes mais désillusionnés sur les pouvoirs de la médecine. Ils sortent de moins en moins puis restent confinés chez eux, deviennent insociables et fuient le monde. Ils se parlent à eux- mêmes à voix basse et cette mussitation est le seul indice de leur persistante intégrité mentale. Ils ne sont pas déments et ne finiront pas déments malgré la presque totale incongruité de leurs terreurs et de leurs actes.

        Suivent des considérations sur l’étiologie, l’influence du sexe et du milieu, le traitement. Selon lui, l’hérédité joue un rôle prépondérant. : « La folie du doute (avec délire du toucher), va de préférence recruter ses victimes parmi les descendants officiels des névropathes, ces surnuméraires obligés de l’aliénation ». Parmi les causes occasionnelles il retient les troubles de la santé physique, et les maladies aigües graves, l’onanisme invétéré, une vive frayeur. La notion de déclenchement lui est   inconnue et pourtant Legrand Du Saulle souligne que le début de la maladie survient souvent après les premières relations sexuelles et retient d’ailleurs « Une circonstance très spéciale, qui imprime à la névrose une direction particulière et devient habituellement le point de départ de l’idée prédominante. »

   Enfin, cette folie affecte beaucoup plus les femmes que les hommes et s’observe presque toujours dans les classes élevées de la société.

    Le pronostic est très grave, on ne parle pas de guérison mais de rémissions.

    Le traitement n’est donc demandé que durant la deuxième période et est d’une remarquable efficacité temporaire et repose entièrement sur un « emploi très sérieux du temps », sur une vie disciplinée, sur des occupations nouvelles prescrites énergiquement (peinture, apprentissage de langues étrangères, pratique du sport…), et l’accomplissement quotidien d’une tâche déterminée. Le médecin doit rédiger un programme écrit et l’imposer avec une grande fermeté. Ce que le patient veut rencontrer chez son médecin est « une autorité qui commande à sa volonté et la subjugue, et non pas une affabilité raisonneuse qui discute ou capitule », « un tuteur qui ordonne en maître ».

   Les médications ne servent à rien, ni l’isolement, ni les bains prolongés. En bref, il faut occuper la pensée du patient et c’est ainsi que le travail est un véritable agent thérapeutique. L’aliéniste relève que certains médecins conseillent le mariage à titre de « diversion utile » ou de moyen nécessaire de guérison mais que c’est ainsi condamner l’époux au malheur et risquer une transmission de tares, « la France ayant plutôt besoin d ‘enfants que d’idiots » ! Le vouloir guérir médical est-il l’envers d’un désir de mort inconscient ?

      II. Mme S.…, Phobies et T.O.C.S.[4]

           1. Le symptôme.

      Mme S.…, 60 ans demande une analyse pour des obsessions et des phobies : elle a peur depuis 35 ans de toucher des objets, qu’elle pourrait mettre dans la nourriture de ses fils et maintenant de ses petit- fils. Il faut que son mari et sa mère vérifient ses poches avant d’entrer chez elle. Elle sait bien qu’elle n’a pas d’épingles, me dit-elle, mais elle ne peut s’empêcher d’y penser.

     Je reconstituerai après coup les déplacements de « la phobie du toucher » première, celle des épingles aux agrafes, aux trombones, aux rayons X, aux produits ménagers et de jardinage, aux piles au lithium…véritable extension du domaine de la lutte signifiante. Le signifiant « n’agrippe pas » la jouissance en cause. Elle contamine métonymiquement les signifiants et déborde la patiente. Le doute l’envahit et donne lieu à d’épuisantes vérifications par elle- même d’abord puis son mari et, s’il est absent, sa mère.

   L’histoire reconstituée de l’apparition de cette « phobie » ne donnera lieu qu’à de légers apaisements.

   L’interprétation n’opère pas ni la coupure.

             2. Un garçon va mourir.

     Un point est constant dans son histoire d’enfant et d’adulte. Il se répète et se résume en une phrase : « Un garçon va mourir ». Cette phrase n’est pas celle du fantasme mais à un poids de certitude et d’inertie.

    La mère de la patiente est-elle même extrêmement anxieuse. Si les deux ainées, des filles donc, n’ont guère été l’objet de son angoisse, les deux fils puînés l’ont été, constamment. La patiente avait repéré enfant, que sa mère s’effrayait dès qu’elle entendait la sirène des pompiers et disait invariablement qu’il était arrivé malheur à un de ses fils. La patiente se remémore un souvenir traumatique de l’enfance : le petit frère est couché, on attend sa mort. Il est mystérieusement sauvé par l’action d’un guérisseur.

    La mère est sa confidente, la seule personne à qui, encore aujourd’hui, elle raconte absolument tout. Son mari alcoolique, est sa victime et son bourreau : il lui fait les poches, elle lui lance des pointes, elle contrôle ses consommations de vin. Souligner le signifiant « pointes » (pour épingles) n’a pas fait pas mouche.

    Lors d’une séance, je l’interroge sur son éventuelle agressivité ; elle m’avoue difficilement de petites scènes de cruauté ordinaire envers un fils : le frapper pour pouvoir ensuite le dorloter. Mais que ce même fils avale un petit jouet ou tombe du trottoir, déclenche en elle après passage à l’hôpital une nouvelle phobie des rayons X.                                                                               

        Mme S.… sans réticence livre l’archéologie signifiante de son si vieux symptôme. Ce qui en fait le noyau, est ce que je considère être une expérience délirante primaire.

     Son fils est très jeune lorsqu’elle est à nouveau enceinte. Contre ses idéaux et ses convictions intimes, elle accepte l’interruption de grossesse conseillée par sa famille. « J’ai tué un enfant » me dit-elle. Peu après l’intervention, son jeune fils boit malencontreusement dans le verre d’un homme qu’elle sait atteint d’un cancer. Quand je lui dis que le cancer ne s’attrape pas comme cela, elle m’affirme qu’on peut inoculer un cancer. Le souvenir qu’elle me dira plus tard de l’oncle maternel tuberculeux dont lui parlait souvent sa mère, et qui avait un verre à lui, hors de la portée des enfants, n’a aucun effet d’interprétation, ni de levée du refoulement. L’idée prévalente que son fils a pu attraper un cancer, n’est pas d’ordre phobique mais une certitude délirante. Elle recouvre l’impossible subjectivation du trauma qu’a été l’I.V.G. La peur de toucher puis de glisser dans la nourriture de ses fils, épingles, agrafes, produits toxiques, a procédé par métaphore puis métonymie, constituant un symptôme défensif contre l’idée primordiale « J’ai tué un enfant », déplacée sur « Un garçon va mourir ».

     Récemment son petit- fils a mis ses mains dans l’eau croupie d’une vieille bassine où naguère avait trempé une éponge ayant servi à nettoyer quelques gouttes de sang perdues par son chien cancéreux. Le symptôme a redoublé.

       La pulsion de mort au cœur du symptôme, elle l’approchera en disant : « C’est atroce de penser faire du mal à ses enfants. »

      Contrairement à Du Saulle qui décrit une phase de doutes puis de délire, Mme S.… nous montre que l’expérience délirante est première ; Les phobies et obsessions sont secondaires et défensives.

               2. Noli tangere. Ne pas toucher au délire du toucher.

       Ces T.O.C.S et phobies, sont sa construction défensive pour traiter le Réel en jeu. Elle y tient plus qu’elle ne croit même si son symptôme limite sa vie. Elle en jouit : il impose sa loi d’airain à la maison, à ses proches. Elle a récemment reconnu qu’elle en avait fait un style de vie, et qu’il permettait un « trafic » de jouissance avec sa mère et son mari.

     En outre, je pense que « sa folie » a mis du doute dans la certitude primaire. Une façon de se défendre contre le réel, de sinthomatiser la jouissance.

     Autant de raisons de ne pas trop y toucher. Quelques aménagements ont quand même eu lieu : elle n’anticipe plus la peur des menus objets de sa terreur et se surprend à ramasser des épingles et toucher des agrafes sans angoisse. A la question « Pensez-vous que je pourrai un jour recevoir seule mes petit- fils ? », je n’ai pas répondu.    

La clinique psychiatrique « classique » est d’abord une clinique de l’observation même quand le patient est écouté, classificatoire et ségrégative. Ecouter, est souvent réduit à sa portion congrue, aujourd’hui en service de psychiatrie, où examens biologiques, génétiques, scanner et I.R.M. sont souvent prescrits en première intention.

Que nous apprend ce cas ?

La clinique psychanalytique est celle du parlêtre, de l’humain qui tient son être de la parole et qui a un corps. Elle est ironique : Comme le « dit-schizophrène » le psychanalyste sait que tout discours n’est que défense contre le réel, contre le « trouma » de la rencontre d’un corps avec la langue et ses effets de jouissance ; Dès lors, « Tout le monde est fou, c’est-à-dire délirant »[5]. Elle est singulière en tant qu’elle prend acte de la singularité de chaque Un. Elle est transférentielle, l’analyste est dans le dispositif, et cette clinique s’ordonne sous transfert[6]. Parfois, le parlêtre n’arrive pas à « faire mordre le langage sur un corps »[7] et il faut que son corps y mette du sien pour suppléer à cette non- morsure.

 Revenons à la monographie. L’intérêt de la lire aujourd’hui, est multiple : Elle nous permet de nous situer dans une longue tradition clinique, marquée par la finesse des « observations », des regroupements symptomatiques non dépourvus d’intérêt afin d’avoir une « vue d’ensemble » de la maladie, sa cohérence, sa logique, ses moments féconds, son évolution. Elle contraste avec la liste des troubles groupés sous l’acronyme T.O.C.S dans le D.S.M.V, qui font l’objet, dans de tels cas, de prescriptions aussi violentes qu’inutiles : Thérapies cognitivo-comportementales, stimulation magnétique transcrânienne, antidépresseurs ad finem.

Mais elle est classificatoire, valable pour tous, calquée sur les syndromes médicaux (incubation, état, évolution), se fait au nom du discours du maitre qui reste extérieur au dispositif et, c’est frappant dans le livre de Legrand Du Saulle, moralisatrice et ségrégative. C’est ainsi qu’on relève, quelque peu effaré, qu’à la deuxième période les « malades sont fatigants, exigeants, égoïstes et ingrats ». Si dans le chapitre « Traitement » on relève des conseils judicieux, la pratique du sport, celle d’une langue étrangère, soit « l’abolition du désœuvrement », les préjugés de l’époque mais pas seulement, culminent dans les conseils « eugéniques » que voici : « Le mariage peut être conseillé à titre de diversion utile ou de moyen nécessaire de guérison. En vertu de ce préjugé funeste immoral, dégradant, l’époux sain d’esprit est voué au malheur, l’époux malade n’est jamais amélioré, mais est souvent aggravé, et une descendance pourvue de tares pathologiques est sciemment préparée…Non, le médecin n’a jamais à prescrire le mariage ; mais si, par impossible, il avait un jour à l’ordonner, j’espère qu’il commencerait par se souvenir que la France a besoin d’enfants et non pas d’idiots ».

Le « désir du psychiatre » ou plutôt sa jouissance, n’est-il pas clairement énoncé ?

Quel est donc d’une façon plus générale, l’intérêt de lire l’œuvre des « grands psychiatres ?

Il nous faut prendre connaissance des bases cliniques psychiatriques de la psychanalyse : Les paranoïas, décrites et classées par Kraepelin, auxquelles Kretschmer a ajouté  Le délire de relation des sensitifs , Sérieux et Capgras,  Les folies raisonnantes  dont le sous- titre est  Le délire d’interprétation, De Clérambault et son Erotomanie, son automatisme mental, Séglas et ses hallucinations psychomotrices verbales.[8] Et pourquoi ne pas ajouter l’étude de Bleuler sur les schizophrénies et donc le plus modeste opuscule de Legrand du Saulle ?

Jacques-Alain Miller dit ceci : « Les folies raisonnantes de Paul Sérieux et Joseph Capgras -maitre-livre, selon Jacques Lacan- est une œuvre qui nous conduit aux rives du Lacanisme. Avec Emil Kraepelin et Ernst Kretschmer, avec les débats classificatoires, la connexion à notre clinique en tant qu’elle procède de Freud et de Lacan, n’apparaissait pas immédiatement évidente. Lorsqu’on lit Sérieux et Capgras, on se trouve, me semble-t-il, en terrain plus connu. Cette phénoménologie, ces descriptions nous parlent davantage. On voit les choses un peu ainsi, bien qu’on ne les théorise pas de la même façon. »[9]

L’œuvre de De Clérambault nous regarde aussi, Lacan l’ayant dit son « seul maitre en psychiatrie »[10], et tout particulièrement, l’automatisme mental, « Laissant à Lacan d’y découvrir le Symbolique »[11]

Les lire, certes, non sans un appareil critique avec Lacan, et ce qu’il apporte de révolutionnaire à la clinique en la rapportant au langage. On relève çà et là dans son troisième Séminaire « Les psychoses », dans « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose »[12], « Le petit discours de Lacan aux psychiatres »[13]…Une analyse de la position du discours du psychiatre qui relève de celui du maitre et du discours universitaire. J.-A. Miller dit clairement ceci : « Sa Question préliminaire commence par mettre en question le fondement psychologique scolastique de la psychiatrie. A la place, Lacan apporte la référence linguistique, à partir de laquelle s’opère une conversion complète. Les catégories, les entités, telles que la paranoïa, la mélancolie, l’hallucination…sont pulvérisées, remaniées, par la référence à la structure de langage »[14]

Dans ces pages de la revue « La Cause freudienne »[15], concernant « La paranoïa vue par les grands psychiatres », traçant notre orientation clinique des « grands psychiatres » au « Tout dernier enseignement » de Lacan, Miller énonce ceci : « La notion de défaut du symbolique, la distinction de trois registres…telle que Lacan les amène nous ont fait voir le monde en 3D. C’est comme si on passait du roman Flatland, d’un univers à deux dimensions, à un univers à trois dimensions, où l’on peut voir enfin les différentes faces. Ces auteurs sont astucieux comme le sont les personnages de Flatland, mais ne peuvent cependant s’élever à la dimension qui leur manque. Aujourd’hui ce serait formidable de parvenir à saisir cela en 4D, de trouver comment ajouter une dimension. D’une certaine façon, Lacan lui-même a trouvé qu’il manquait une dimension, qu’il fallait en ajouter une : le sujet, ça ne suffisait pas, il fallait adjoindre le parlêtre ; les symptômes et le fantasme ne suffisaient pas, il fallait y ajouter le sinthome. ».

 Parions sur une clinique du sinthome.

Pour conclure                                                                                                                                                                                                                      Freud, en 1895, propose une théorie de la formation des symptômes obsessionnels : « A l’idée originale (inconciliable) s’est substituée une autre idée, idée remplaçante……remplacée par des actes, ou impulsions qui ont servi à l’origine comme procédés protecteurs. C’est un acte de défense du moi contre l’idée inconciliable »[16]. Il mettra au cœur de l’idée inconciliable, la cause sexuelle, toujours traumatique. Il baptise cette névrose de défense, « Névrose obsessionnelle ». Certains de ses cas cliniques sont des « folies du doute avec délire du toucher ».

    Pour Lacan le trauma sexuel est l’irruption d’une jouissance que n’arrive pas à maitriser le symbolique. Si dans son premier enseignement, le symptôme est métaphorique, dans son dernier enseignement il souligne la solidarité du symbolique et de la jouissance chez le parlêtre. Le symptôme devient sinthome. Il n’y a pas de rapport sexuel, veut dire aussi que le rapport du parlêtre à l’Autre est sinthomatique et que la jouissance est foncièrement autistique.  Cette patiente en témoigne fort bien. Le partenaire[17] est d’abord leur sinthome, défense contre le Réel, sinthome par lequel, elle a un  rapport au conjoint, à la mère, aux enfants.


[1] Legrand Du Saulle H. « La folie du doute (avec délire du toucher) ». Paris, V. Adrien Delahaye et Cie. 1875.

[2] Congrès de l’A.M.P. 2006. « Le Nom-du-Père. S’en passer, s’en servir »

[2] Ornicar 17-18. P 278

[3] Lacan. Séminaire III « Les psychoses ». P.26,27

[4] A Guivarch. « Une folie du doute avec délire du toucher contemporaine, une autre version de l’Autre méchant ». Quarto No 104.

[5] Lacan J. Ornicar 17-18

[6] Laurent E. « Disruption de la jouissance dans les folies sous transfert ». P.  Hebdo blog N°

[7] Lacan. Séance extraordinaire de l’Ecole belge de psychanalyse. 14 10 1972

[8] La paranoïa vue par les grands psychiatres. La Cause freudienne N° 73 et N° 74.

[9] Ibid. Les fous raisonnants. A propos de l’œuvre de Sérieux et Capgras. La Cause freudienne. N° 74. P.183.

[10] Lacan J. « De nos antécédents », Ecrits, Paris, Seuil, 1966. P. 65.

[11] Miller J.-A. « Enseignements de la présentation de malades ». Ornicar ? N° 10 ? P 18-20

[12]Lacan J.  Ecrits. Seuil. 1966. P. 531-532.

[13] Lacan J. Petit discours de Lacan aux psychiatres. Inédit.

[14] Ibid., P. 221.

[15] Revue « La cause freudienne » Nos 73 et 74. « La paranoïa vue par les grands psychiatres »

[16]Freud Sigmund « Obsessions et phobies ». 1895. Névrose, psychose et perversion. P.42.P.U.F.                          4                                                                         

[17]Miller J-A., « L’orientation lacanienne. Le partenaire Symptôme », enseignement prononcé dans le cadre du département de l’université Paris VIII. 1997-1998.Inédit.